À Belsunce, à Marseille, Jérémy Perrouin développe des objets qui donnent une forme tactile au signal musical. Leur principe consiste à convertir une partie de l'énergie audio en mouvements mécaniques perceptibles par les mains, les genoux ou le torse. Cette approche permet de ressentir la musique par vibrations sans dépendre exclusivement de l'audition. Elle intéresse les personnes ayant une déficience auditive, mais aussi certains publics avec hyperacousie, pour lesquels le volume sonore peut devenir inconfortable. Le résultat ne restitue pas chaque détail d'un morceau, car le toucher lit surtout les pulsations, les graves et les contrastes d'intensité.
Comment ressentir la musique par vibrations ?
Un dispositif relié à une source audio et à un amplificateur traduit les basses fréquences, le rythme et les variations d'intensité en oscillations mécaniques. Les objets SoundLeaf privilégient un contact direct avec le corps afin de rendre ces informations plus lisibles. L'expérience dépend du morceau, du placement du support et du niveau de sortie. Une écoute tactile efficace commence avec un volume modéré et des titres dont la ligne rythmique est nette.
Suivez les réglages pour une écoute tactile confortable ↓
Jérémy Perrouin a développé SoundLeaf à Marseille
Installé à Marseille depuis vingt-trois ans, Jérémy Perrouin a conçu SoundLeaf après un accident qui a entraîné une perforation des tympans et une hyperacousie. Le projet a pris forme près de quatre ans plus tard. Cette chronologie éclaire la recherche d'une écoute qui passe aussi par la peau et les articulations, sans imposer une forte pression acoustique.
Le principe vise une information musicale partagée, plutôt qu'une compensation médicale. Le support ne corrige pas la surdité et ne remplace pas un appareil auditif. Il fournit une voie sensorielle supplémentaire, utile pour suivre une pulsation, anticiper une rupture ou percevoir l'énergie d'un refrain.
Les prototypes et objets finis s'inscrivent dans une démarche artisanale. Le bois apporte une prise en main stable et une réponse mécanique qui varie selon son essence, son épaisseur et sa géométrie. Ces paramètres modifient la propagation des vibrations et la sensation obtenue au contact.
Comment les objets en bois transforment-ils les sons en vibrations ?
La chaîne commence par un signal audio, issu d'un téléphone, d'une table de mixage ou d'une autre source. Un amplificateur fournit ensuite la puissance électrique nécessaire à un actionneur. Cet élément, proche dans son principe d'un transducteur électrodynamique ou d'un excitateur de surface, met le support en mouvement.
Les objets vibrants en bois ne reproduisent donc pas la musique comme une enceinte classique. Ils transmettent une vibration qui dépend surtout du contenu spectral du morceau. Les fréquences graves, généralement comprises entre 20 et 200 hertz, déplacent davantage de matière et sont plus faciles à sentir. Les aigus restent perceptibles de façon indirecte, par leurs attaques ou leurs changements d'enveloppe.
Pour transformer les sons en sensations tactiles, le traitement du signal doit éviter une vibration continue et confuse. Un filtrage peut privilégier les graves, tandis qu'une analyse d'enveloppe suit les attaques et les silences. Le niveau de sortie doit aussi être limité pour préserver le transducteur et garder une lecture confortable.
Un même amplificateur peut alimenter jusqu'à huit dispositifs. Cette configuration convient à un atelier ou à une petite scène inclusive, à condition de répartir correctement la puissance disponible. Chaque support supplémentaire augmente la charge électrique et impose de vérifier les caractéristiques de l'amplificateur.
Pourquoi cette technologie améliore-t-elle l'accessibilité musicale ?
Pour les personnes sourdes et malentendantes, la perception tactile donne accès à une structure musicale souvent perdue dans l'écoute conventionnelle. Le rythme, le tempo et les accents deviennent des repères corporels. Cette lecture tactile facilite aussi la participation à un concert, à une pratique collective ou à un atelier de danse.
Un dispositif haptique pour les personnes sourdes qui souhaitent écouter de la musique ne fournit pas une transcription universelle d'une chanson. Les paroles, l'harmonie fine et la hauteur exacte des notes restent difficiles à décoder par vibration. L'intérêt se situe dans la pulsation et l'intensité physique du son.
Un objet vibrant destiné aux malentendants peut aussi convenir à des auditeurs sans perte auditive. Certains recherchent une écoute à bas volume, associée à un retour tactile précis. Une vibration de forte amplitude ne doit toutefois pas devenir un volcan sous les doigts, car la fatigue sensorielle réduit vite le confort.
Comment utiliser un dispositif haptique pour la musique ?
Avant de commencer, il faut un objet tactile relié à son câble adapté, une source audio, un amplificateur compatible et un morceau rythmé. Prévoyez cinq à dix minutes pour régler le niveau et trouver la meilleure zone de contact. Évitez les surfaces instables, qui dispersent l'énergie mécanique.
- Branchez la source audio à l'amplificateur, puis raccordez le support vibrant selon les connexions prévues par son fabricant.
- Réglez le volume de la source à un niveau moyen et placez l'amplificateur au minimum avant toute lecture.
- Lancez un titre avec une batterie, une basse ou des pulsations distinctes. Les productions très compressées donnent parfois une vibration uniforme.
- Augmentez progressivement le niveau jusqu'à sentir les attaques sans inconfort. Tenez l'objet dans les mains ou posez-le sur les genoux pour comparer les sensations.
- Changez de position et testez plusieurs morceaux. Le contact avec le corps modifie fortement la perception des vibrations.
Le tableau suivant résume les réglages de départ les plus utiles.
| Élément à ajuster | Réglage de départ | Effet recherché |
|---|---|---|
| Volume de l'amplificateur | Faible, puis progressif | Éviter la saturation et la fatigue tactile |
| Position du support | Mains ou genoux | Renforcer le contact direct |
| Type de musique | Rythme marqué et graves lisibles | Distinguer les pulsations |
| Durée de test | 5 à 10 minutes | Laisser au corps le temps de comparer |
La restitution par le toucher complète les habitudes d’écoute liées à l’audio haute-fidélité au quotidien, mais elle répond à une logique de perception différente. Ici, la précision recherchée concerne d’abord la dynamique et le rythme.
- Préparer le matériel — Prévoyez un objet tactile relié à son câble adapté, une source audio, un amplificateur compatible et un morceau rythmé.
- Stabiliser le support — Évitez les surfaces instables, qui dispersent l’énergie mécanique.
- Raccorder les éléments — Branchez la source audio à l’amplificateur, puis raccordez le support vibrant selon les connexions prévues par son fabricant.
- Régler les niveaux de départ — Réglez le volume de la source à un niveau moyen et placez l’amplificateur au minimum avant toute lecture.
- Lancer un morceau adapté — Lancez un titre avec une batterie, une basse ou des pulsations distinctes.
- Augmenter progressivement — Augmentez progressivement le niveau jusqu’à sentir les attaques sans inconfort.
- Comparer les zones de contact — Tenez l’objet dans les mains ou posez-le sur les genoux pour comparer les sensations. Changez de position et testez plusieurs morceaux.
Quelles sensations un accessoire haptique pour musique accessible peut-il transmettre ?
Les sensations dépendent de la zone de contact et de la composition du titre. Dans les mains, les impacts sont localisés et faciles à comparer. Sur les genoux, la vibration paraît souvent plus ample. Contre le torse, les graves dominants peuvent prendre une dimension plus physique.
Le toucher restitue surtout le rythme et les variations des sons. Une grosse caisse produit un impact court, tandis qu'une nappe de basse crée une vibration plus continue. Les transitions, les silences et les montées d'intensité restent généralement identifiables.
Certaines limites doivent être anticipées. Les chansons à faible contenu grave donnent peu de retour tactile. Un réglage trop élevé masque les nuances et fatigue les mains. La qualité du câblage, la puissance réelle de l'amplificateur et la construction du support influencent aussi le résultat.
Questions fréquentes sur la musique par vibrations
Peut-on écouter tous les styles de musique avec un objet vibrant ?
Oui, mais les genres riches en percussions et en basses produisent les sensations les plus nettes. L'électro, le hip-hop, le rock et certaines musiques orchestrales sont souvent plus lisibles qu'une pièce acoustique très légère. Le support transmet une structure rythmique, pas tous les détails sonores.
Une personne sourde peut-elle reconnaître une chanson grâce aux vibrations ?
Oui, lorsqu'elle connaît déjà le morceau et que son rythme est caractéristique. Les motifs de batterie, les pauses et l'intensité peuvent constituer des indices fiables. L'identification reste plus incertaine pour des titres aux arrangements proches ou peu graves.
Faut-il utiliser un volume sonore élevé pour sentir les vibrations ?
Non. L'intensité tactile dépend de la puissance envoyée au transducteur et de la qualité du contact, pas du seul volume entendu. Un réglage progressif protège l'équipement et limite l'inconfort, surtout en cas d'hyperacousie.
Peut-on partager l'expérience musicale avec plusieurs personnes ?
Oui, si l'amplificateur est dimensionné pour la charge totale. Huit supports peuvent être connectés à un même amplificateur dans la configuration indiquée pour ces dispositifs. Il faut respecter l'impédance et la puissance recommandées afin d'éviter une baisse de niveau ou une surchauffe.
La musique tactile apporte une lecture corporelle du signal audio, centrée sur le tempo, les impacts et les contrastes. Le choix du morceau, la qualité du contact et un réglage prudent déterminent davantage l'expérience que la seule puissance disponible.






